Définitions et causes

Définitions des manifestations

1-Persécution collective (mobbing), concept de Leymann:

  • Principe du regroupement la meute de loups autour de la proie[14].

Exemples de persécution collective (Mobbing):

Empêcher en groupe la victime de s'exprimer et lui refuser toute communication directe, s'arranger pour qu'elle prenne toujours ses pauses-santé et ses repas seule ou coupée de son équipe de travail (isoler), discréditer et humilier en groupe la victime par des sarcasmes répétés (affaiblir), réprimander et rétrograder injustement la victime, la forcer à démissionner ou sinon la congédier pour des erreurs dont la source est négligée par le ou les superviseurs ainsi que par le ou les groupes de travail (détruire par intimidation ou brimades) [2] [10].

2-Intimidation ou les brimades (bullying), concept britannique:

  • Principe du tyran ou de la tyrannie d'une seule personne par des agressions cachées ou commises à couvert. Si les agressions deviennent ouvertes ou que le tyran s'en prend indifférement à tous au travail, c'est de la maltraitance managériale car le tyran ne cible plus ni  un individu ni un groupe en particulier et n'agresse plus les autres par des agressions commises à couvert (agressions par déplacement, par ommission ou par piège) [11]

Exemples d'intimidation (bullying):

Donner toujours ses ordres en hurlant, bousculer, critiquer, de façon destructive et fréquente, la victime devant tout le monde (isoler), surcharger une personne de travail et abréger constamment les délais pour s'assurer qu'ils ne seront pas respectés (affaiblir), rétrograder un employé performant, envers qui  le superviseur a une aversion personnelle, en lui ôtant injustement ses responsabilités et en lui imposant des tâches subalternes ou en  dessous de son potentiel (détruire) [2] [10]

 

3-Harcèlement moral ou psychologique, concept français:

  • Principe du brisement ou de la cassure du moral ou de la cassure de l'être de la victime par des abus aussi physiques que  psychologiques [11].

Remarques très importantes:

-Persécution (mobbing) et intimidation (bullying) sont respectivement les modes d'expression collective ainsi qu'individuelle du harcèlement moral. 

-Persécution et intimidation suivent généralement les mêmes étapes dans l'aggravation des conduites abusives (isoler, affaiblir et détruire) [10]

 

N.B. Les exemples de harcèlement sont donc ceux de la persécution collective et de l'intimidation au travail.  De plus, le harcèlement moral peut être discriminatoire s'il contrevient respectivement aux articles 10 et 15 des chartes québécoise et canadienne des droits et libertés de la personne (sexisme, racisme, homophobie, lesbophobie,politique, religion). 

4-Harcèlement sexuel, concept américain:

  • Principe du comportement sexuel non désiré au travail [11] [15].

Ex: Regards, remarques, insinuations ou allusions blessantes faisant

référence à la vie privée ou aux préférences sexuelles de la victime, attouchements et agressions sexuelles décrites dans le Code criminel canadien.

 

Trois degrés dans le harcèlement sexuel  [24]:

 

Degré contrariant : regards, sifflements, photos, questions intimes, remarques déplacées, frôlements. 

 

Degré contraignant : comme dans le harcèlement criminel (stalking), petits cadeaux indésirés, suivre la cible au travail et hors travail, offres ambigües au travail et hors travail, caresses, pincements, acculement dans un coin, soulèvement des vêtements.

 

Degré agressant : lettres de menaces, exhibitionnisme, voyeurisme, téléphones anonymes et/ou obscènes, refus d'accepter la fin des relations amoureuses, arracher les vêtements, tentative de viol et viol.

5-Harcèlement criminel (stalking), concept américain:

  • Principe de traquer continuellement quelqu'un au travail et hors travail [16].

Il s'agit d'un harcèlement régi par les articles des législations criminelles dans plusieurs pays de Common Law comme les États-Unis, l'Australie et le Canada, depuis le début des années 1990. D'un code à l'autre, trois éléments fondamentaux sont retenus : 1) l'existence d'un comportement menaçant, 2) l'intention criminelle de l'agresseur et 3) la répétition de l'acte [16].

 

N.B. Article 423 du Code criminel canadien l'intimidation concerne le harcèlement criminel et non pas le (bullying) ou l'intimidation au travail.

 

Exemples de harcèlement criminel (Stalking):


Envois de messages exagérés, de fleurs, de lettres d'amour, surveillance au travail et hors travail des allées et venues de la personne ciblée, appels téléphoniques ou courriels incessants, visites non désirées au travail et même au domicile, cadeaux excessifs repoussants, menaces de se suicider, avec allusions vagues à propos de malheurs à venir pour la victime, agressions physiques contre les proches et les collègues de travail de la victime si celle-ci devient moins accessible, meurtre de la victime, dans les cas les plus extrêmes.

6-Terrorisme et tuerie ou meurtre de masse au travail:

Nuances inspirées des propos de Louis Brunet, professeur de l'UQAM, lors d'une conférence donnée à l'Université Laval pour l'ACFAS (Association canadienne-française pour l'avancement des sciences en mai 2002) [17]:

  • Terroriste cherche à choisir des innocents auxquels tous peuvent s'identifier pour détruire les bons sentiments de populations entières et faire entrer une « collectivité ennemie » dans une logique de guerre et de vengeance en escalade mais qui atteint trop souvent des gens dans leurs circonstances de travail.
  • Tuerie au travail commises plus souvent contre une organisation de travail précise dont l'agresseur est un ex-employé ou un ex-client, victime lui-même de violence au travail ou souffrant d'une certaine détresse psychologique ayant contribuée à sa marginalisation sociale et au travail.  Le harceleur criminel peut devenir l'auteur d'une tuerie.  Toutefois, il n'y a pas de profil précis pour détecter ces personnes. 

Conclusion ouverte à un questionnement sur le terrorisme et les tueries au travail:

 

Position théorique et pratique difficile à soutenir que celle de statuer sur un phénomène de société très complexe comme le terrorisme et de le cantonner au monde du travail. La tuerie semble plus proche de la notion de l'assassinat au travail mais demeure ardue à délimiter lorsque le contexte de travail est celui d'un endroit public tel que celui d'un moyen de transport en commun.

7-Abus de pouvoir ou harcèlement administratif:

L'abus de pouvoir ou harcèlement administratif désigne les comportements qui servent à tirer indûment des avantages d'une situation de pouvoir formel ou informel afin de nuire, d'entraver le rendement, la survie au travail ou la carrière d'individus ou de groupes dans une organisation. L'abus de pouvoir peut s'exprimer par le chantage, les menaces ou la surveillance excessive et injustifiée [18] [11].

 

À l'exception des tueries au travail, des agressions physiques ponctuelles ou impulsives, l'abus de pouvoir est une composante de plusieurs des manifestations de violence impliquant un harcèlement : harcèlement moral, harcèlement sexuel et parfois harcèlement criminel.

 

Le pouvoir peut être formel, hiérarchique ou officiellement reconnu de tous ou encore informel en étant basé sur la crédibilité, l'expérience, les contacts, les redevances pour services rendus.

 

Harcèlement administratif ou abus de pouvoir devient un harcèlement stratégique s'il est érigé en système arbitraire et injustifié de gestion des personnes visant notamment à forcer leur démission. Ce harcèlement, érigé en système de gestion injuste et arbitraire, est difficile à démontrer. Une commission d'enquête publique, dotée de réels pouvoirs de comparution et de sanction, peut parvenir à en prouver l'existence.

8- Hyperconflit au travail, concept belge

Ce phénomène peut survenir entre deux individus ou sinon entre deux groupes au travail. L'hyperconflit va au-delà du stress, de la souffrance psychique aiguë, de la violence en général et du harcèlement psychologique car il inclut toutes ces autres réalités [44].

 

Plan congnitif

  • Dans l'hyperconflit, les parties avec ou sans le truchement d'un porte-drapeau, s'attaquent mutuellement et sont irréconciliables. Les parties impliquées ne s'entendent ni sur le fond des divergences ni sur la forme ou la façon de structurer leur compréhension de ces divergences. Elles ont des lectures radicalement différentes et incompatibles de la même réalité.

Plan comportemental

  • L'hyperconflit est ponctué de stress organisationnel et de harcèlements psychologiques croisés entre au moins deux individus ou encore deux groupes au travail. 
  • Il est utile de noter que la situation d'un scénario de duel ou encore d'un scénario de fresque (guerre entre deux clans) ne sont pas des hyperconflits car  les opposants s'entendent sur le sens global et sur certaines interprétations à donner à la réalité. Dans l'hyperconflit,  le cadre de compréhension globale et le cadre d'interprétation de chaque événement sont, tous deux, irréconciliables entre les parties impliquées. De plus, toute tentative de clarification entre les individus ou entre les groupes aggrave la situation.

Plan émotionnel

  • L'hyperconflit est vécu avec une souffrance psychique intense entre au moins deux individus ou encore entre un minimum de deux groupes.
  • Exemples:
    Un conflit très complexe au travail entre deux individus extrêmement opposés.
    Une multitude de conflits intergroupes: des conflits hiérarchiques et des conflits individuels avec des harcèlements psychologiques croisés ainsi que de la souffrance psychique intense, entre les membres de quatre (4) des six (6) services d'une entreprise.
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