Depuis quelques années, les problèmes de santé psychologique au travail constituent l'un des enjeux majeurs pour les organisations et les personnes qui y travaillent. Or, les sommes et les énergies investies jusqu'à présent dans la prévention ne semblent pas produire les résultats escomptés. Les organisations qui aspirent à une prise en charge de cette problématique se heurtent à un obstacle de taille. Elles disposent de peu d'outils dont l'efficacité a été démontrée. En outre, elles ont difficilement accès à une démarche stratégique qui permette d'évaluer, de mesurer, d'analyser et de gérer les risques qui affectent la santé psychologique au travail. C'est dans cette perspective qu'un processus de recherche-action qui se déroule en trois phases, à savoir (1) le diagnostic, (2) l'intervention et (3) l'évaluation est proposé.
La première phase de l'étude, celle du diagnostic, a débuté en avril 2000 et s'est terminée en décembre 2002. Quatre organisations y ont pris part : un établissement d'enseignement supérieur, une industrie du secteur métallurgique, un centre hospitalier et une pépinière. Elle visait essentiellement à :
La collecte des données a été réalisée au moyen de questionnaires, d'entrevues semi-dirigées et d'entretiens focalisés (focus group) de validation auprès des quatre organisations participantes. Au total, 3 142 personnes ont répondu au questionnaire et 56 participants ont été interviewés. Les informations recueillies ont fait l'objet de traitements statistiques et d'analyses de contenu.
Les données relatives au questionnaire ont permis d'établir, pour chacune des catégories d'emploi à l'étude, le pourcentage d'individus vivant une détresse psychologique élevée ainsi que les facteurs de risque organisationnels associés aux problèmes de santé psychologique. Des intervenants de chaque catégorie d'emploi des organisations participantes ont ensuite été interviewés afin de déterminer la présence ou non d'activités de prévention primaire (pratiques de gestion et de travail) en relation avec les facteurs constituant des niveaux élevés de risque pour la santé psychologique. Plus spécifiquement, les pratiques de gestion et les pratiques de travail ont été analysées selon deux perspectives : (a) la possibilité qu'elles constituent des leviers pour la prévention des problèmes de santé psychologique et (b) qu'elles constituent un obstacle à la prévention de ces problèmes. Les entrevues ont également permis d'inventorier les activités de prévention secondaire et tertiaire, le processus et les raisons pour lesquelles elles sont mises sur pied ainsi que les facteurs qui contribuent à leur succès ou à leur échec.
En somme, la démarche de recherche préconisée visait à quantifier l'ampleur des problèmes de détresse psychologique dans les milieux de travail, à cibler les facteurs organisationnels pouvant expliquer cette détresse et, enfin, à identifier les leviers et les obstacles afin de pouvoir agir sur ces problèmes.